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[Billet] Et si l’hypothèse imaginée par l’industrie agro-alimentaire s’avérait être un échec ?

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Robert H. Lustig, Professeur en pédiatrie dans la division d’endocrinologie de l’Université de Californie, a imaginé une hypothèse émise par l’industrie agro-alimentaire il y a 50 ans, selon laquelle« les aliments transformés seraient meilleurs que les vrais aliments ». Pour vérifier cette hypothèse, Robert Lustig a énoncé un certain nombre de questions visant à évaluer le succès ou l’échec de l’industrie agro-alimentaire:

  • La consommation a-t-elle ou non augmenté?
  • La santé s’est-elle ou non améliorée ?
  • L’environnement est-il en meilleur état ?
  • Les entreprises ont-elles fait des bénéfices, les consommateurs ont-ils réalisé des économies et la société va-t-elle bien ?

Robert Lustig nous rappelle que l’industrie agro-alimentaire est détenue par 10 grosses entreprises, comme illustré par une cartographie[i] connue des experts et qui figure également dans le rapport d’Oxfam international sur « La face cachée des marques ».

Il poursuit par un constat en matière de consommation, selon lequel l’introduction de l’aliment transformé par l’industrie agro-alimentaire a induit un nouveau rapport à la cuisine. Notre société ne cuisine plus. Le bénéfice observé serait que l’homme et la femme ont gagné du temps pour permettre aux deux de travailler. Mais qu’en est-il de leur santé ?

Il ressort que l’on ne s’en porte pas mieux en terme de santé. Il y a une grande différence en apports nutritionnels des aliments transformés, pauvres en matière de fibre, oméga 3 et micro-nutrition.

 Il aura fallu 25 ans aux autorités de régulation des aliments aux Etats-Unis (FDA)  pour reconnaitre le danger des acides gras trans sur la santé. Le trop dans l’alimentation provient notamment d’un excès de chaines d’acides aminés tels que la leucine, l’isoleucine et la valine. Cela concerne également les oméga-6 que l’on trouve en déséquilibre dans les huiles végétales et les polyinsaturés. A cela s’ajoute les additifs, les émulsifiants et un excès en sel.

Robert Lustig fait ressortir que le plus grand ennemi public est le sucre : il apporte une saveur qui cache non seulement la présence d’ingrédients néfastes mais également adoucit tous les goûts tels que le salé, l’acide, le sucré-salé et l’amer.

Ce qui est selon lui à déplorer est que l’augmentation de sucres lents et la présence dans les aliments transformés de sirop de fructose et de sucrose (qui est composée de 50% de fructose), n’ont aucun apport nutritionnel.  De plus, le piège serait dans la relation du sucre et du sel contenus dans toutes les boissons gazeuses, car cela créé le besoin accru d’en consommer davantage.

Robert Lustig remet aussi en cause l’éducation de la médecine qui pose des postulats erronés, notamment que le manque d’exercice serait le résultat de la prise de poids. Or, la réponse est à chercher dans la science et le type de calorie, car « toute calorie n’est pas une calorie ». La consommation de fructose et des sucres ajoutés en sont la principale cause.

De façon globale, que peut-on constater en matière de santé ? Une augmentation de l’obésité et des maladies chroniques dont le diabète, les maladies cardio-vasculaires, la stéatose hépatique et la carie dentaire, et celles corrélées aux sucres qui sont le cancer et la démence. Pour lui, le problème du sucre provient de la forte métabolisation qui est faite par le foie qui produit un excès de graisses dans le corps.

En ce qui concerne l’environnement, Robert Lustig s’appuie sur une étude du WWF qui atteste que la culture de sucre et les procédés de transformation ont un impact négatif sur la biodiversité et l’écosystème au niveau des champs agricoles, de l’exploitation et du paysage, entraînant jusqu’à l’érosion du sol.

Selon Robert Lustig, on remarque en 30 ans très peu de changements dans les habitudes alimentaires, si ce n’est une baisse de consommation en viande et une importante augmentation des produits transformés, qui sont moins chers.  Ce qui impacte le flux de trésorerie du simple consommateur, qui tend vers le haut, dans la mesure où les prix des produits transformés sont en baisse. Nonobstant, on relève une hausse du coût de la santé, ce qui laisse le consommateur économiquement perdant. Ce coût pourrait être réduit selon Robert Lustig, car 75% des maladies chroniques pourraient être prévenues par le changement d’alimentation, les maladies chroniques représentant 75% du coût des maladies.

Robert Lustig conclut à la fin de son étude que même si l’industrie agro-alimentaire a connu une rentabilité pendant des décennies, cela reste incertain pour l’avenir. Globalement, l’industrie agro-alimentaire est non seulement un échec mais également néfaste pour la société : nous perdons plus d’un 1 trillion de dollars à réparer les dégâts causés par cette industrie.

En conclusion, Robert Lustig nous invite à prendre conscience d’un mode sain de consommation et d’alimentation qui nous permet de pourvoir à l’avenir de nos enfants en matière de santé mais aussi de préserver la planète.

Nadia Balgobin, 03 octobre 2021.

Source :

Stanford Health Care

Références :

OxfamWWFIRN


[i] https://static.comment-economiser.fr/documents/files/groupe-controle-marques.jpg

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